Le Jump Ryû dédié à Kazuki Takahashi

Les Jump Ryû (ジャンプ流 ) sont une série de coffrets publiés entre janvier et décembre 2016 au Japon. Chacun d’eux contient un livret, un DVD et plusieurs reproductions de planches. La volonté de cette collection est de mettre à l’honneur les grands auteurs du Jump tout en dévoilant leurs secrets et leurs parcours par des interviews, visite des ateliers des auteurs, dessin en live, et ainsi guider les lecteurs sur la voie du mangaka. Les contenus vidéos sont présentés par Mandô Kobayashi, un expert qui s’est fait une spécialité dans les interviews des auteurs.

La collection, aujourd’hui achevée, dénombre 25 numéros. Le 8e numéro est publié le 21 avril 2016 et est dédié à Kazuki Takahashi et à Yu-Gi-Oh !. Il est aujourd’hui l’un des plus rares opus du Jump Ryû, et donc l’un des plus coûteux, phénomène qu’on peut certainement attribuer au décès de l’auteur en 2022. À noter que les Jump Ryû ne sont plus disponibles en neuf et peuvent uniquement être acquis par le biais de l’occasion. Le prix initial de chaque numéro était de 1290 yens, soit environ 7€ selon le cours actuel du yen.

Contenu et unboxing

Le huitième ouvrage du Jump Ryû dédié à Kazuki Takahashi contient :

  • Un livret de 20 pages autour du parcours de Kazuki Takahashi, de sa vision du développement d’une rivalité, et d’autres secrets de création.
  • Un set de deux reproductions en couleur. Les illustrations concernées sont celle de Yûgi et Atem qui sert de visuel de couverture, et celui de la carte OCG du Dragon Blanc aux Yeux Bleus offerte avec le numéro.
  • Une reproduction d’une planche du chapitre 259 (tome 29) du manga pour s’entraîner à l’encrage.
  • Un DVD dévoilant Kazuki Takahashi dessinant en directe l’illustration de Kaiba et du Dragon Blanc aux Yeux Bleus ainsi qu’une visite de son atelier.

Le livret "Jump Ryû" spécial Kazuki Takahashi !

Le livret du Jump Ryû dédié à Kazuki est une petite mine d’or en termes d’informations. D’abord focalisé sur la carrière de l’auteur, il aborde ensuite la création de Yu-Gi-Oh !, voire plus globalement d’un shônen manga, selon plusieurs axes précis. En voici son sommaire et les sujets développés :

  • Page 2 : En guise d’introduction, l’ouvrage propose une chronologie des œuvres de Kazuki Takahashi au sein de l’éditeur Shûeisha, partant du court manga Tôkio no Taka jusqu’au film Yu-Gi-Oh ! : The Dark Side of Dimension.

  • Page 3 : Sommaire et guide du 8e numéro du Jump Ryû.

  • Pages 4 à 6 : ROAD TO JUMP – Portrait de Kazuki Takahashi, de ses débuts jusqu’au film Yu-Gi-Oh ! : The Dark Side of Dimensions. Le chapitre aborde :

    – La passion du mangaka pour les monstres, née avec Ultraman.
    – La naissance de son envie de devenir mangaka quand il était adolescent.
    – Sa période d’errance lors de ses débuts de mangaka jusqu’à son arrivée dans le Shônen Jump et sa rencontre avec son premier tantô : Toshimasa Takahashi.
    – L’échec de sa série Tôkio no Taka jusqu’à la naissance de Yu-Gi-Oh !.
    – Les difficultés des débuts de la série dans la création des différents jeux et le combat face à la baisse de popularité.
    – Le succès montant du manga par son orientation vers le jeu de cartes.
    – Le succès de l’OCG et des spin-offs du magazine V-Jump, même après la fin de la série principale.
    – La création du film The Dark Side of Dimensions, notamment de son scénario.
    – La vision de Kazuki Takahashi sur la création d’un manga.

  • Page 7 : Jump Studio – Focus sur l’atelier de Kazuki Takahashi. Les points abordés sont similaires à ceux du reportage inclus dans le DVD. On y découvre l’antre du maître, digne d’une caverne d’Alibaba, ainsi que son chien, Tarô, pour lequel il a dessiné une carte.

  • Pages 8 à 11 : Making-off sur la création de Yu-Gi-Oh !. Ce chapitre revient sur la manière dont Kazuki Takahashi a créé différents éléments de la série dont le système de duel Solid Vision qui matérialise les cartes, l’importance des designs et du découpage comme vecteurs d’émotions, la nécessité narrative de placer un héros dos au mur pour l’intensité du récit, l’iconisation des personnages par des silhouettes percutantes, l’utilisation des onomatopée dans l’intensité du récit, les techniques de colorisation de Takahashi, l’idée de rival séduisant pour mettre en valeur le héros et la création des monstres pour refléter les émotions des personnages.

  • Pages 12 et 13 : Jump Moshyajuku – Guide pour encrer la reproduction de page offerte avec le numéro.

  • Pages 14 à 16 : Les bases du Manga – La création des rivaux. L’article revient sur l’établissement des personnages rivaux et leur importance en se basant sur plusieurs exemples : Yu-Gi-Oh ! via la relation Yûgi / Kaiba, mais aussi Kuroko’s Basket, Bleach, Hunter X Hunter, Kenshin le Vagabond ou encore Jojo’s Bizarre Adventure.

  • Page 17 : Les secrets du département éditorial du Jump – Les éditeurs de Kazuki Takahashi ont la parole. Yoshihisa Heishi revient sur la conception de Yu-Gi-Oh ! et comment la série a évolué vers les duels de cartes. On apprend notamment qu’à l’arc DEATH-T, le lectorat était déjà composé de 90 % de garçons. Takahiko Aikawa s’exprime sur l’idée de la création du film The Dark Side of Dimensions qui part… d’une soirée arrosée. Enfin, des extraits des commentaires de l’auteur dans le Shônen Jump sont révélés.

« Il est important de vivre une variété d’expériences pour transmettre les émotions des personnages aux lecteurs ! Même les échecs et les rejets peuvent devenir des expériences précieuses ! »

– Kazuki Takahashi dans le livret du Jump Ryû 8

Le DVD Jump Ryû #8

Le DVD propose trois reportages :

  • L’expérience du dessin en couleur ! (environ 44 minutes)
  • La voie de la scène créative ! (environ 10min)
  • Techniques pratiques du manga, partie 8 : les arrières plans « forêts et montagnes ». (environ

Note : Nous ne nous intéresserons qu’aux deux premiers chapitres du DVD, le troisième étant davantage un tutoriel éloigné de Kazuki Takahashi et de Yu-Gi-Oh!.

Chapitre 1 : L’expérience du dessin en couleur !

Kazuki Takahashi réalise en direct l’illustration de Seto Kaiba et du Dragon Blanc aux Yeux Bleus qui sert la carte promotionnelle Blue Eyes White Dragon (JMPR-JP001) offerte avec le Jump Ryû.

Il est intéressant de constater que si l’auteur a transitionné vers le dessin numérique à la fin des années 2000, la vidéo montre qu’il reste à cheval sur les deux manières de créer. L’ébauche, le dessin et l’encrage de base sont d’abord réalisés manuellement.

La démonstration se fait sans bruit, si ce n’est celui du crayon et de la plume G qui grattent le papier.

Le dessin de base scanné, Takahashi entame la colorisation par le dessin numérique.
L’illustration finalisée, il développe les points suivants :

  • A propos de l’illustration…
  • A quoi faites-vous attention lors de la colorisation ?
  • A propos de la colorisation numérique…

Chapitre 2 : La voie de la scène créative !

Cette deuxième vidéo consiste en une visite de l’atelier de Kazuki Takahashi qui réserve bien des surprises. C’est aux côtés de Tarô, son fidèle shiba, que le mangaka accueille l’interviewer.

La première pièce visitée est dédiée aux goodies autour de Yu-Gi-Oh !, une caverne aux trésors qui regroupe de nombreux produits dérivés, y compris occidentaux, des cartes encadrées, des rollers et casques de vélo, et même une borne d’arcade. Il est amusant de constater que certaines petites figurines exposées -aux visages assez grossiers- sont celles vendues dans nos magasins de jouets au début des années 2000.

La pièce comprend des illustrations signées des commentées des staffs de Yu-Gi-Oh ! Duel Monsters, Yu-Gi-Oh ! Duel Monsters GX, Yu-Gi-Oh ! 5D’s et Yu-Gi-Oh ! Zexal, preuve d’une certaine proximité entre l’auteur et la production des différents anime. Rappelons que lors du tournage de ce reportage, l’anime Yu-Gi-Oh ! Arc-V était toujours en diffusion. Enfin, la dernière pièce révélée de petit musée est symbolique : une réplique agrandie et en vitrine du puzzle millénaire !

Deuxième étape de la visite : une salle de jeu où se trouve un billard décoré d’une galerie de statuettes issues du cinéma et des univers de science-fiction. L’auteur estime s’être lancé dans cette collection une dizaine d’années auparavant, soit en 2006 environ. Le dernier morceau de cette salle de jeu est un bar qui permet à l’auteur de recevoir différents staffs associés à Yu-Gi-Oh !. Takahashi « ne déteste pas boire » et s’improvise même barman en présence de convives. Le tout est embelli par un jukebox à portée plus décoratrice qu’autre chose, le mangaka achetant alors sa musique sur iTunes plus que sur supports physiques.

Le lieu suivant cristallise l’une des passions du maître : le septième art. Un mini cinéma est intégré à son gigantesque atelier, accompagné d’une large collection de DVD et de Blu-ray. Takahashi l’estime à 5000 pièces et présente son film préféré : Les Dents de la Mer (Jaws) de Stephen Spielberg, le tout appuyé d’une petite anecdote : le mythique Dragon Blanc aux Yeux Bleus ressemble au terrifiant Square… l’inspiration vient peut-être de là !

Le point d’orgue de cette visite : l’atelier. Les premiers éléments qui nous sont dévoilés sont des dédicaces sur shikishi d’Akira Toriyama et de Toshio Sawai, l’auteur de Bobobo-Bo Bo-bobo. Quand l’interviewer le questionne sur sa vision de Toriyama, Takahashi répond : « C’est un dieu, et une personne incroyable. » Il ne cache pas ses émotions non plus en évoquant la dédicace de Sawai, un objet qu’il chérit.

Son atelier accueille aussi des artbooks, des ouvrages de référence qu’il consulte pour s’inspirer. Dans le lot, des livres dédiés à Star Wars, Hellboy ou Avengers, aux artistes Paul Bonner et Drew Struzan ainsi qu’un ouvrage de l’auteur français de bande dessinée Mathieu Lauffray.

Son tour d’atelier nous donne une meilleure vision de la table sur laquelle l’illustration de Kaiba fut réalisée dans le vidéo précédente. Son bureau est divisé en deux panels : l’un pour le dessin manuel, et l’autre pour les colorisations numériques. L’auteur nous présente un manuscrit bien avancé : celui du chapitre Transcend Game qui sert de prequel au film The Dark Side of Dimensions. Son crédo pour dessiner ce chapitre ? Chaque page présente de nombreuses informations. L’idée est donc d’intéresser le lecteur pour le pousser à tourner les pages.

Takahashi exprime aussi son moment préféré du dessin, celui du gommage qui fait disparaître les esquisses, laissant uniquement les lignes finales au rendu. L’auteur le dit en riant : « Gommer, c’est amusant ! ».

Pour la dernière question, le maître est assis derrière son bureau, feuilletant l’édition bunkô de son œuvre phare. Ce qui lui est demandé : ce que signifie être publié dans le Shônen Jump.
« De nombreux lecteurs parcourent le Jump. C’est important de les divertir. Au départ, chaque auteur aime dessiner et aspire à devenir mangaka. Mais plus ils poursuivent sur cette voie, plus ils trouvent ça difficile. Alors, j’aimerais que tout le monde puisse trouver du plaisir en dessinant. Je pense que c’est ainsi que les lecteurs pourront profiter de leur expérience. »

Le mot de la fin : ses conseils à tous les mangakas en herbe. « Je pense qu’ils doivent trouver leur forme d’intérêt et l’exprimer à leurs lecteurs sous la forme d’un manga. »

Remerciements à la chaîne YouTube YuGiOhDon pour la version anglaise de la visite de l’atelier de Kazuki Takahashi qui nous a permis de vous apporter un approfondissement de la vidéo.