Kazuki Takahashi, artiste aux multiples inspirations

Homme de culture, éclectique, curieux… Ces qualificatifs peuvent parfaitement désigner Kazuki Takahashi tant les inspirations pour son œuvre phare, Yu-Gi-Oh!, sont multiples. Dès l’enfance, il est captivé par le dessin et a toujours un crayon à la main. Comme bien des garnements de son âge, il s’éprend du divertissement sous ses formes diverses à l’instar du manga, de l’animation et des films en prise de vue réelle. Né Kazuo Takahashi dans les années 1960, le futur auteur s’épanouit durant une période particulièrement prolifique en termes de productions. À cette période, le manga passe d’un média purement enfantin à un art plus grand public tandis que la télévision se démocratise dans les foyers, menant à l’émergence de nombreux programmes japonais. Ces œuvres, nous y reviendrons ultérieurement tant celles-ci sont indissociables de l’ADN de Kazuki Takahashi en plus de pouvoir être placées dans la chronologie de la vie du maître. Ce n’est pas forcément le cas des thèmes qui nous intéressent ici, à savoir le comics américain, le cinéma et le monde du jeu. Puisque nous incluons le cinéma d’action, souvent américain, dans les grandes influences de l’auteur, osons dire que la pop culture des USA occupait une très grande place dans ses affects.

Une problématique s’impose alors quand on souhaite établir une chronologie artistique et culturelle de la vie de Kazuki Takahashi en y incluant l’ensemble de ses passions. Leurs découvertes par l’auteur ne sont pas systématiquement datées, rendant complexe l’écriture d’une biographie stricte et solide. Dans ce premier dossier d’une série dédiée à la vie de l’auteur, revenons sur une composante clé de son identité : son amour du comics, du cinéma et du jeu.

Le comics, la composante d’un style

L’attrait que porte Kazuki Takahashi au comics américain est chose connue. Dès son premier arc, Yu-Gi-Oh! mettait en avant l’intérêt du maître pour les héros des BD du nouveau continent, notamment via la présence d’un personnage complètement fictif : Zombire. Avec du recul, et en mettant de côté toute la diversité développée au sein du lore du jeu de cartes Yu-Gi-Oh! depuis un moment, l’archétype « héros élémentaires », né avec le chapitre GX, ne semble pas être un hasard.

Épris des comics de super héros, Kazuki Takahashi s’est beaucoup attaché à l’écurie Marvel, citant Spider-man et Iron-man comme ses figures préférées. Alors, quand un partenariat entre le géant du divertissement et Shûeisha lui donne l’occasion de dessiner sa propre histoire Marvel en 2019, ce sont ces deux personnages qu’il choisit de mettre en scène dans Secret Reverse, un comics prépublié sur le Shônen Jump+ dans lequel les deux membres des Avengers se confrontent à un géant du divertissement capable de matérialiser les monstres du jeu de cartes qu’il a créé. Un travail méconnu de Takahashi, pourtant disponible chez nous aux éditions Panini dans son format comics.

Secret Reverse, le comic book Marvel par Kazuki Takahashi
Secret Reverse, le comic book Marvel par Kazuki Takahashi

Difficile de savoir à quelle période de sa vie Kazuki Takahashi est tombé dans le comics. Le Japon étant un pays qui est longuement resté autocentré à de multiples égards, divertissement inclus, le comics américain y demeure un genre de niche, même aujourd’hui. Là-bas, le genre y est nommé « amecomi » pour « american comic », afin de le distinguer des éditions papier de manga que l’on nomme aussi « comic ». Alors, si Marvel s’est frayé une jolie place dans les vitrines internationales, notamment via l’explosion du Marvel Cinematic Universe, le géant semble encore très discret sur l’Archipel où ses adaptations cinématographiques sont moins des hits par rapport aux films Disney ou aux sagas Star Wars et Harry Potter.

Pourtant, les héros américains existent bel et bien au Japon, notamment par l’intermédiaire de plusieurs mastodontes de l’industrie du divertissement. Shûeisha collabore régulièrement avec Marvel dans des mangas qui réinventent les univers de Spider-man ou Deadpool quand Kôdansha reprend ponctuellement les figures de DC Comics avec des mangas comme Batman : Justice Buster ou One Operation Joker.

Pour se rassasier en bandes dessinées américaines, Kazuki Takahashi se fournissait auprès de boutiques spécialisées. Ces restrictions ne l’ont pourtant pas empêché de découvrir des personnages, des histoires et des auteurs qui lui sont restés chers. Plusieurs interviews l’ont régulièrement questionné sur ses artistes fétiches, et il y évoque les noms d’Adam Hughes et Simon Bisley, deux auteurs très affiliés à DC Comics. Mais si on doit imaginer son artiste préféré dans tous les noms qu’il a pu citer, c’est bien Mike Mignola qui nous vient immédiatement en tête. Ce dernier est l’un de ceux que Takahashi voit comme un dieu du comics. Le mangaka est particulièrement fan de Hellboy et la collaboration entre les deux auteurs est particulièrement connue.

En 2004, année de sortie du film de Guillermo del Toro qui marque aussi les 10 ans du comics, Takahashi dessine un Hellboy aussi imposant que de coutume, affublé de la coupe de cheveux si atypique de Yûgi et portant un dueldisk au bras. Y voyant une belle opportunité de promotion, Shûeisha contacte l’éditeur de Mike Mignola, et ce dernier accepte de livrer sa propre version du héros de Yu-Gi-Oh! : son personnage vêtu d’un t-shirt à l’effigie de Yûgi et portant autour du coup un Puzzle Millénaire modèle géant. Cette collaboration fait le tour du monde et laisse croire à une consécration pour Kazuki Takahashi qui a pu rencontrer l’une de ses idoles. Malheureusement, ces dessins croisés portent davantage des airs de coup de comm’, et les deux maîtres de leurs arts respectifs n’ont échangé que par le biais de leurs éditeurs, mais jamais physiquement.

Outre son côté violon d’ingre, le comics a aussi une importance charnière dans la naissance du style propre à Takahashi. Depuis ses premières publications et jusqu’aux années 2010, il a développé un art qui lui est propre et aujourd’hui reconnaissable entre mille. Lors de la conception de ses premières histoires courtes dans les années 1980, l’apprenti mangaka se cherche. Il entreprend plusieurs approches graphiques allant du manga conventionnel avant de tenter une forme de réalisme puis un trait puisant dans le comics. Comme s’il avait reconstitué un puzzle, c’est en assemblant ces optiques que le maître a donné naissance à son propre style. Le résultat nous apparaît en septembre 1996, dans le tout premier chapitre de Yu-Gi-Oh! qui présente cette croisée des chemins. À l’époque, ses lignes épaisses et ses jeux de noirs rappellent effectivement le travail de Mike Mignola, laissant croire que Takahashi a découvert son travail finalement peu de temps après la naissance du personnage de Hellboy, datée de 1994.

La mythique collaboration entre Kazuki Takahashi et Mike Mignola
La mythique collaboration entre Kazuki Takahashi et Mike Mignola

Quelque temps plus tard, nous sommes en 1997 quand le mangaka clame son amour du comics à travers le personnage de Tomoya Hanasaki dans Yu-Gi-Oh!. L’adolescent est fan de Zombire, un super héros fictif de comics inventé tout spécialement pour les chapitres 22 et 23 du manga (volume 3). À l’instar de Yûgi, Tomoya peut être perçu comme un avatar de Takahashi. Chétif comme l’était le mangaka dans sa prime jeunesse, il voue un amour inconditionnel à sa passion. Comme l’auteur s’est cloitré dans le dessin, Tomoya s’enferme dans son admiration pour Zombire. Un autre aspect lie le mangaka et son personnage : leur manière de gagner la sympathie de leurs entourages respectifs par leurs passions. Dans le manga, Tomoya gagne l’amitié de Yûgi et les siens en partageant son amour pour Zombire. Du côté de Takahashi, il faut remonter à l’époque du jardin d’enfants pour découvrir un petit garçon qui dessinait, seul, mais qui a gagné la reconnaissance de ses copains de classe par ce qu’il immortalisait sur le papier. Pourtant, Tomoya reste un personnage très secondaire de la série puisqu’il n’apparaît qu’à peu de reprises, au point d’être totalement occulté après l’arc Death-T.

Zombire, le super héros créé pour Yu-Gi-Oh!
Zombire, le super héros créé pour Yu-Gi-Oh!

Le cinéma, le frisson du spectacle

Kazuki Takahashi et les shows spectaculaires, c’est toute une histoire. Comme nous l’aborderons dans le prochain article, il succombe dès l’enfance aux charmes des séries et films live à effets spéciaux, un véritable pan de l’industrie nippone amorcé avec le Godzilla de 1954. Les tokusatsu, productions telles qu’Ultraman, sont devenues très populaires depuis leur création. Tout particulièrement, celles qui présentent un large bestiaire séduisent le petit Kazuo Takahashi. S’en suivent des découvertes ébouriffantes du côté de l’animation à l’instar de Tiger Mask, Devilman, Mazinger Z ou Space Battleship Yamato. En somme, des gros monstres et de la science-fiction !

Le frisson du spectacle qui animait Takahashi a fait de lui un vrai cinéphile. Pour s’en rendre compte, le reportage qui lui est dédié au sein du 8e numéro du Jump Ryû est un très bon exemple. Se livrant volontiers sur ses passions, l’auteur nous guide dans sa demeure, un habitat peu modeste qui consiste en une vraie caverne d’Ali Baba abritant les trésors du maître. Outre une imposante collection Yu-Gi-Oh!, on y trouve un mini cinéma ainsi qu’une impressionnante médiathèque de DVD et Blu-ray que le concerné estime à 5000 métrages.

Son film préféré si on lui demande ? Les Dents de la Mer (Jaws) de Steven Spielberg. Et peut-être plus que les oeuvres elles-mêmes, l’auteur se montre captivé par les créatures et entités iconiques qui les parsèment. Le Xénomorphe d’Alien, Jabba le Hutt, l’Empereur Palpatine et Dark Vador de Star Wars ou encore le T-800 de Terminator sont des créations de l’imaginaire cinématographique que Kazuki Takahashi a immortalisé chez lui, via une collection de statuettes dont le fan se montre particulièrement fier. Son design préféré parmi cette sélection ? Le Xénomorphe, indéniablement ! De là à se questionner sur l’impact des designs de Hans Ruedi Giger sur le bestiaire de Yu-Gi-Oh!, il n’y a qu’un pas.

Le rapport entre l’œuvre de Takahashi et le cinéma sonne donc comme une évidence. Puisque ce sont les œuvres spectaculaires qui fascinent l’auteur, il est logique de penser que ce goût du spectacle a volontairement été inséré dans les aventures de Yûgi Muto. Une hypothèse juste puisque la matérialisation des cartes dans les tomes 5 à 16 du manga sur les tables de duel est une première tentative de présenter le grandiose du cinéma en mettant en valeur les créatures issues de l’imagination du maître. Cette idée lui vient de Star Wars Épisode IV : Un nouvel espoir. Dans le film de Georges Lucas, on peut apercevoir un étrange échiquier où se combattent des monstres générés en images de synthèse : le Dejarik. Dans ce jeu de stratégie, les joueurs déplacent leurs monstres sur un plateau. Kazuki Takahashi a été marqué par cette trouvaille et l’exploite pour donner une autre dimension à son jeu de cartes, le rendre impressionnant et lui conférer une aura jeu de plateau. On comprend ainsi les origines des nouvelles règles de l’arc du Royaume des Duellistes et ce qui l’a amené à créer le Dungeon Dice Monsters, le jeu de plateau inventé par le personnage de Ryûji Otogi (Duke Devlin) dans le tome 16 de Yu-Gi-Oh!.

Le Derajik dans Star Wars Episode IV : Un nouvel espoir
Le Derajik dans Star Wars Episode IV : Un nouvel espoir

Le septième art a aussi eu une influence directe dans la création du bestiaire de la série, et c’est Kazuki Takahashi qui en parle le mieux. Le requin blanc des Dents de la Mer a laissé une empreinte indélébile dans l’esprit du maître, si bien qu’il rapproche lui-même le squale de son mythique Dragon Blanc aux Yeux Bleus. Il faut dire que le monstre fétiche de Seto Kaiba nous apparaît souvent comme un prédateur lors de sa mise en scène, les ailes déployées et sa gueule grande ouverte. À partir de là, on peut aisément connecter le dragon au plus célèbre des films de requin.

Osons donc ce raccourci : l’amour du cinéma de Kazuki Takahashi est à l’origine de la dimension spectaculaire de son manga phare. Il y a donc une certaine logique à ce que le projet hommage des 20 ans de Yu-Gi-Oh! se soit fait par le cinéma, à travers le film Yu-Gi-Oh! : The Dark Side of Dimensions. Un long métrage que le mangaka a touché en tant que scénariste, character-designer… et même animateur ! Le film est connu pour être particulièrement complexe dans son scénario, mais salué pour ses prouesses visuelles qui portent les duels à leur paroxysme en termes de spectacle. De là à faire le lien avec ce qu’aime tant Kazuki Takahashi dans le cinéma, il n’y a qu’un pas !

Le squale des Dents de la Mer vs le Dragon Blanc aux Yeux Bleus de Yu-Gi-Oh!
Le squale des Dents de la Mer vs le Dragon Blanc aux Yeux Bleus de Yu-Gi-Oh!

L'amour du jeu, mais pas vidéo !

Par le thème central de son manga, Kazuki Takahashi est considéré comme un amoureux du jeu, de manière évidente. En traitant un sujet aussi atypique dans le Shônen Jump, l’auteur semblait affirmer automatiquement une passion pour les activités ludiques, du jeu de cartes au jeu de plateau. Pourtant, il n’a pas toujours insufflé à ses œuvres des optiques auxquelles il est attaché. Quand il dessine ses premiers one-shots dans les années 80, il met en scène des comédies sentimentales, genre qu’il n’affectionne pourtant pas particulièrement. Son dada, c’est davantage les histoires impressionnantes, excessives, voire occultes, ce que nous aborderons dans l’article suivant. Et c’est exactement la définition des bases de Yu-Gi-Oh! : un manga d’action où le jeu prend une dimension titanesque, et une œuvre de combat qui détourne le concept même de bagarre.

Joueur aguerri, Kazuki Takahashi s’est exprimé à de nombreuses reprises sur ses activités préférées. Le jeu de rôle revient souvent tant il en a été marqué dès sa jeunesse. Concevoir son personnage de caste guerrière et se réunir avec ses amis pour partager une aventure de Donjons & Dragons… voilà ce qui caractérise sa vision du jeu, en opposition avec la distance permise par les technologies d’aujourd’hui. De son aveu, l’auteur aurait aimé créer et scénariser sa propre campagne, mais n’a jamais pu le faire par manque de temps. Yu-Gi-Oh! et ses différentes variantes ludiques lui ont certainement permis d’exorciser ce manque tandis que l’arc Monster World (chapitres 50 à 59 ; tomes 6 et 7) lui ont permis de raconter sa propre partie.

Monster World, le jeu de rôle qui présente l’antagoniste Bakura
Monster World, le jeu de rôle qui présente l’antagoniste Bakura

C’est justement par amour des réunions physiques entre joueurs que Takahashi s’est montré peu friand par l’activité vidéoludique, un comble pour lui qui a connu l’essor des salles d’arcade et l’émergence des consoles de salon. La chose est encore plus paradoxale quand on sait qu’il a lui-même travaillé pour des entreprises vidéoludiques. Cela ne l’empêchera pas de céder aux amours vidéoludiques et se s’éprendre des jeux de versus fighting au début des années 1990. Les MMORPG, eux, n’ont donc que peu retenu l’intérêt du maître pour qui jouer derrière un écran et éloigné physique des autres paraissait obsolète. Au numérique, il préfère le physique et l’analogique, et privilégie l’humain sur le virtuel.

De cette vision découle possiblement un passage très peu intuitif de l’auteur vers le numérique. Cette étape se fait en 2007 de manière synchronisée avec l’édition bunko japonaise, et ne se fera pas sans heurt. Par un témoignage glissé dans le 15e tome de cette mouture du manga, l’homme apparaît comme un bien piètre utilisateur des nouvelles technologies. Cela ne l’empêchera pourtant pas de dompter son style et aboutir au style moderne qu’on lui connaît.

Parmi les jeux auxquels l’auteur aimait s’adonner, nous pouvons évoquer le mahjong, un jeu de société originaire de Chine particulièrement populaire dans l’Asie de l’Est, et par conséquent au Japon. Parmi ses partenaires, on peut trouver George Morikawa, l’auteur du manga-fleuve Hajime no Ippo que Takahashi a certainement rencontré lors de ses quelques expériences auprès de l’éditeur Kôdansha, avant le lancement de Yu-Gi-Oh!. D’abord rookies dans le monde du manga, tous deux sont devenus des figures importantes du média. Et si leurs chemins professionnels ont divergé, leurs parcours étant très différents, l’amour du jeu a continué de les réunir. Nous aurons l’occasion de reparler de George Morikawa lorsque nous aborderons un sujet sensible, mais malheureusement inévitable : le décès de Kazuki Takahashi.

Et Magic, dans tout ça ?!

Effectivement, quid de Magic : L’Assemblée ? Il paraît évident que le plus célèbre des TCG est l’origine même du jeu phare du manga Yu-Gi-Oh!. Seulement, ce cas est assez particulier, car l’impact de Magic sur le manga de Kazuki Takahashi mène à un champ d’interrogation vaste, si bien que le sujet mérite une partie à part.

Créé en 1993 par Richard Garfield, Magic arrive au Japon dès le mois d’avril 1996 par l’intermédiaire de Hobby Japan, société média-mix spécialisée dans le divertissement. Nous sommes alors cinq mois seulement avant le lancement de la parution de Yu-Gi-Oh! dans le Shônen Jump. Lorsque sont publiés les chapitres 9 et 10, intitulés « La carte aux longs crocs », l’inspiration a de quoi paraître évidente pour le lecteur occidental. Magic & Wizards, le jeu de cartes qui oppose Yûgi à l’arrogant Seto Kaiba dans ces deux chapitres, fait écho à la création de Richard Garfield à plusieurs égards, que ce soit à son nom, à l’utilisation de sorts au sein d’une partie, voire à l’éditeur américain du jeu, Wizard of the Coast . Une société qui n’est peut-être pas inconnues auprès de certains, puisqu’elle a édité en occident le TCG Pokémon durant ses premières années.

La ressemblance passe aussi par les règles puisque la manière de jouer à Magic & Wizards rappelle le fameux jeu américain, certes de manière simplifiée puisque Kazuki Takahashi devait inventer un jeu suffisamment simple pour pouvoir rythmer une histoire de deux chapitres uniquement. Car avant d’être le centre de l’univers Yu-Gi-Oh!, le TCG ne devait être qu’un jeu de passage aux côtés d’une multitude d’autres. Magic & Wizards se joue essentiellement avec des monstres, cartes arborant des puissances d’attaque et de défense localisée sur leurs extrémités basse-droite. À côté de ces créatures, des magies et pièges viennent pimenter la partie, accroître la puissance des autres cartes, en détruire certaines… Qui a dit Magic ? Grâce à ces éléments, l’imaginaire collectif statut de manière unanime : Kazuki Takahashi est un fan de Magic : L’Assemblée ! Mais est-ce une donnée officielle ?

L'Élémental d'épines (Magic) et Le dragon blanc aux yeux bleus -Yu-Gi-Oh!)
A gauche, une créature de Magic (Elémental d’épines). A droite, un monstre de Yu-Gi-Oh! (le mythique Dragon blanc aux yeux bleus).

Concrètement, jamais l’auteur n’a admis explicitement être un joueur de Magic, que ce soit dans ses notes d’ouvrage ou dans les différentes interviews qu’il a données. Si tel était le cas, l’envie de s’affirmer comme un joueur ne lui manquait sans doute pas. Mais dans cette équation, il faut inclure une donnée importante : l’essor rapide pris par Yu-Gi-Oh! et son statut de licence. En devenant une saga qui se déploie à travers différents mangas et animes et via son propre jeu de cartes à collectionner au succès retentissant, l’œuvre de Takahashi n’avait plus un simple rapport d’influence avec Magic : L’Assemblée, mais bien une situation de concurrence. On peut imaginer que des enjeux juridiques et, tout simplement, une volonté de ne pas faire la promotion d’un jeu rival se sont créés.

Dès lors, ne pas évoquer « Magic » dans le nom du jeu de cartes s’imposait comme une nécessité. Ces idées sont de l’ordre de l’hypothèse, le changement de nom qu’a subi Magic & Wizards tend à la valider. En effet, dès la série animée de 1998 par le studio Toei Animation, le jeu de cartes devient Duel Monsters, nom qui sera ensuite repris par les autres animes.

Concernant le manga, l’intitulé du jeu de cartes est assez rarement évoqué, mais il reste présent jusqu’au spin-off Yu-Gi-Oh! R. D’une manière générale, les personnages préfèrent parler de duels et utilisent une gymnastique sémantique qui leur permet d’éviter de prononcer l’intitulé tabou. On ne peut néanmoins pas faire l’impasse sur une autre hypothèse quant à ce passage de Magic & Wizards à Duel Monsters : pour le public japonais, le premier nom peut être complexe à retenir et à prononcer, là où Duel Monsters apparaît plus simple et marquant.

Yu-Gi-Oh! (1998)
Dans l’anime de 1998, Magic & Wizards devient Duel Monsters, mais le verso des cartes indique les initiales « M » et « W ».

Mais qu’importe où se trouve la vérité entre ces deux hypothèses. Dans tous les cas, l’évolution de Yu-Gi-Oh! Nous permet de nous interroger sur les rapports qu’entretiennent les intérêts juridiques et marketing avec la saga. Aussi, se questionner sur l’impact que la série de Kazuki Takahashi a pu avoir sur la popularité nippone de Magic est chose tentante, mais mériterait une étude bien plus approfondie. Puisque le premier pic de popularité du jeu de Wizard of the Coast au Japon a lieu en 1997, alors que la publication de Yu-Gi-Oh! n’en est qu’à ses tout débuts, on peut légitimement penser que Magic n’a pas eu besoin du manga pour exister sur l’Archipel. Au contraire, même, puisqu’une forte communauté existe aujourd’hui en parallèle total à celle de l’OCG Yu-Gi-Oh!7. Cela montre que le pionnier des TGC a su fédérer pour ce qu’il est, et non parce qu’il était vu comme un ersatz ou un moyen de substitution par le public japonais.

Mais Kazuki Takahashi s’est passionné par bien d’autres domaines artistiques, d’autres aspects du monde du divertissement qui ont aussi forgé le parcours de l’auteur durant son enfance. Sa passion du dessin, le déclic du tokusatsu, les premiers amours en termes de manga et d’animation… voilà ce qui façonnera le deuxième écrit de cette série de dossiers.

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